Bethléem, entre nativité et appel à la paix

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Tioman Island

Bethléem est la première ville que j’ai découverte en Israël et c’est sans aucun doute la meilleure décision que j’ai prise. Elle m’a permis de comprendre où j’étais, de mettre des images sur ce que l’on entend en Europe, sur internet, à la télévision, à la radio. Je me souviens, déjà petite, entendre mes parents parlaient du conflit Israélo-Palestinien, de la bande de Gaza, des camps de réfugiés, des civils qui s’affrontaient en permanence. Voir des images de villes anéanties, d’enfants qui jouent dans les gravats. Et puis des morts qui s’accumulent et surtout des années qui passent, sans jamais voir la fin de cette opposition.

Le conflit, la guerre, le mur,  les morts, on voit tout ça à Bethléem.

Cette ville, d’un blanc immaculé, située en haut de sa colline semble aujourd’hui très calme, et pourtant, les combats sont loin d’être terminé.

Cette ville m’a touché par sa beauté mais également par la gentillesse, le sourire et la bienveillance de ses habitants. Ce sourire, cette histoire, malgré ce mur, malgré ce combat permanent. J’ai découvert cette ville seule et je pense que c’est la meilleure façon de le faire. D’abord parce que les habitants sont surpris de savoir que quelqu’un, seule, est eut la démarche de passer le checkpoint. Parce que la majorité des touristes passent la frontière en bus, visitent les lieux de culte et repartent sans se poser de questions. Venir seule, c’est finalement la meilleure façon de réellement avoir l’opportunité de découvrir ses gens.

9h30 : arriver dans la ville encore déserté par les touristes (très rapidement les bus arrivent et les lieux de culte perdent alors de leur sérénité). Je prends 20 minutes pour me balader dans le souk et j’assiste au va-et-vient des marchands qui ouvrent leurs échoppes. À force d’aller dans chaque recoin, je tombe face à face avec la grotte du lait. Là où Marie aurait allaité l’Enfant Jésus et où, une goutte-de-lait tombée sur la roche, aurait donné cette couleur laiteuse à toute la grotte. Le lieu est calme, quelques religieuses prient et allument des cierges. Je profite du calme quelques instants avant de ressortir.

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10h00 – C’est en me dirigeant vers l’église de la Nativité que j’aperçois une porte ouverte. En laissant trainer mon oeil, j’aperçois deux artisans menuisiers qui façonnent des personnages bibliques. Le propriétaire m’aperçoit, m’interpelle et m’offrent le thé en me faisant découvrir son atelier.

« Ici on reçoit le bois ». « C’est quel type de bois ? ». « De l’olivier » me répond-il dans un français impeccable. « Vous en avez beaucoup dans la région ? ». « Avant oui, mais avec le mur, beaucoup d’exploitations se sont retrouvées de l’autre côté et on ne peut plus cultivé ». Il ajoute « Tu devrais aller voir le mur, c’est à 30 minutes à pied » me montre-t-il sur une carte. Puis il ajoute « la plupart des touristes viennent en groupe alors moi c’est avec plaisir que je te dis où aller, les groupes ils ne prennent pas le temps. Et surtout ne crois pas les taxis et les guides ! Ils vont te prendre ton argent et t’en a pas besoin ».

Et puis il continue de me montrer « après, mes gars ils travaillent le bois, ici c’est le travail à vernir et ici c’est ma boutique ».

Je le remercie pour le thé et pour les conseils et lui prend au passage deux cœurs en bois d’olivier. Ce sera mon souvenir de cette ville que me touche tant.

Christmas House, Almahd Square

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11h30 – Je repars pour l’église de la nativité mais il est un peu tard, les groupes ont déjà envahi l’espace. Je me faufile pour découvrir l’église avant d’aller manger.

12h30 – Je repars vers le souk, après à peine quelques mètres, je me fais arrêter aussi sec pour m’offrir un café. Je lui demande s’il ne connaît pas plutôt un endroit pour manger, il traverse la rue, passe la tete par la porte, et demande à son ami de me service. En 5 minutes, me voilà à manger falafel et humus au milieu des locaux « Si t’aime pas tu payes pas ! » me dit-il avant de disparaitre. Autant te dire que j’ai tout mangé, les meilleurs falafels de ma vie dans le plus petit restaurant de Bethléem. Un café dit « à la turc » plus tard, me voilà en route vers le mur.

All human beings are born free and equal in dignity and rights.
Article 1

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13h00 – Que dire du mur… de l’émotion, beaucoup d’émotion. Je pense que je pourrais attendre de trouver les mots pendant des mois… Un truc qui te prend les tripes, qui te transperce le cœur. Un truc qui t’empêche de dormir, que jamais tu ne peux oublier. Je pense que les images parlent d’elle-même. Ce mur à double face. Un mur de béton côté Israël et une véritable page d’expression côté Palestine. De la revendication, de la violence, des caricatures, des témoignages. Les habitants m’arrêtent pour discuter, me raconter. Ils veulent que les gens sachent. Je rencontre des artistes qui passent leur vie à peindre ce mur, des habitants, mais très peu de touristes. Je n’avais jamais ressenti quelques choses d’aussi intense en visitant un lieu. Encore aujourd’hui, 6 mois plus tard, ce sentiment ne m’a pas quitté.

16h30 – Je repasse le check-point la boule au ventre et reprends le bus pour Jérusalem. Une nuit à ne pas dormir et à essayer de poser des mots sur ce que j’ai vu. Passer de l’autre côté à s’en doute été l’expérience la plus poignante que j’ai vécue et sans doute la meilleure chose à faire pour vivre ce voyage différemment.

Even the birds wear gas masks in Palestine

Peace is not always welcome

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